Lettre de l’homme fragments à l’homme écran

Par Gauthier Keyaerts.

separationBonjour Thomas…

Sous la grisaille bruxelloise, mon cœur se réchauffe un peu à la pensée de rédiger quelques lignes à propos de notre amitié singulière, houleuse parfois, car éminemment sincère, électrique car nous parlons vrai avec instinct, mais le plus souvent chaleureuse.

Nous nous sommes croisés il y a une vingtaine d’années, des moments évoqués parfois avec moult éclats de rire: tu officiais au sein d’un programme radiophonique érotique, j’étais moi-même animateur sur cette radio bruxelloise. A cette époque, nous nous lisions sur base de la couverture, de nos aspects, avec une certaine distance. Notre trait d’union était alors une charmante mademoiselle répondant au joli prénom d’Adeline… Ma compagne, ma conscience, ma patience.

Nous nous sommes retrouvés – je pense – vers 2008-2009. Probablement 2008 lors des Transnumériques. Tu devais y présenter There is no spoon… si ma mémoire est bonne. Je recommençais alors ma carrière musicale, une fois de plus, après un hiatus de 7 ans, et une volonté de repartir à zéro. A cette période j’ai également fait connaissance avec une collaboratrice de longue date : Natalia de Mello.

Mais pour en revenir à nos liens artistiques. La première action commune, nous l’avons menée au Palais des Beaux-Arts de Lille, un soir de décembre. Il faisait glacial, la pluie verglaçante dissuadant d’ailleurs le public de nous rejoindre. Alors que tu avais tenté un cocktail de vitamines made in Quebec, tu avais été légèrement malade en début de journée. Malgré tout, nous avons livré un set absolument explosif, où les sonorités de mon projet Very Mash’ta ont bataillé avec amusement avec ton univers que je découvrais sur grand écran, avec un magnifique système de son en surround. Nous étions tous deux vêtus de pulls en laine, tu avais le cheveu court, j’avais la guitare à la main, une tignasse grunge et une barbe de grizzli !

thomas-israel-the-aktivist-transnumeriques-pba-lille-08-662-13 Je ne sais plus trop dans quel ordre notre chemin a continué à fortement converger :

Il y a eu l’intense installation Translation Jugulaire, que j’aimerais beaucoup voir un jour. J’avais répondu à ton memento mori, à ces images envoûtantes et parfumées à la petite mort, par une musique particulièrement fréquentielle, stridente, borderline.

Je me souviens du contraste total que constitue A MA d’AzilI, hymne à notre organicité, au berceau de la vie (ou écrin) que constituent les cavernes, à la naissance… Bien entendu, j’ai exploré face à ce travail de Charley Case (merci pour cette belle rencontre) et toi, une approche tout autre : réverbérante, écho-ifiante, ambiantique et parfois « utérine ». J’en garde un beau souvenir.

Son extension, le Ventre du monstre, reste le plus flou de ces souvenirs.

Par contre, j’ai un souvenir magnifique de Lisière, ce voyage abstrait au cœur de la forêt. De la vidéo mélangeant vues réelles et animation, en passant par l’amusant chalet abritant le dispositif de diffusion image et son, chaque détail reste précis, jusqu’à l’émotion ressentie lors du montage de la pièce sonore, réalisée dans une nécessaire urgence. Je me souviens également des quelques vins blancs ingurgités lors de la présentation à la galerie le Triangle Bleu. Quel endroit inspirant. Lisère – accompagnée de plein d’œuvres – encore lors de la présentation de ta monographie chez notre ami Daniel Vander Gucht, à la Lettre Volée. Cela me fait penser que je dois refaire l’E.Q. du morceau!

Un moment fun : le retour du clash Israël – Very Mash’ta (sous le titre Life as a Robot) devant des touristes médusés, en plein cœur d’une galerie bourgeoise de Bruxelles. A refaire, certainement !

Et que dire des épopées Skinstrap et Dualskin? Des expéditions pleines de péripéties, de hauts, de bas, d’accords et désaccords, une vraie création, réfléchie, mais ne négligeant jamais l’instinct. Je n’ai jamais passé autant de temps à travailler sur le projet d’un autre artiste que pour Skinstrap… Je ne regrette pas une seule minute, même lorsque nos égos parfois trop présents rentraient en friction. C’était surtout le signe d’un engagement véritable, et d’une amitié qu’un peu d’énervement ne pouvait mettre à mal. Skinstrap, tout comme la performance Radicaux Libres (Natalia de Mello et moi-même), restent de beaux exemples de prises de risque : sans la concentration nécessaire, tout peut capoter. Il faut une précision sans faille.

Je dois certainement oublier divers moments importants, ou travaux en commun, mais je ne veux pas noyer les lecteurs dans trop de détails. J’espère que tu garderas toujours une place pour moi sous ton crâne, méta ou non. Et tous mes vœux de bonheur pour tu sais quoi (passé, présent et futur). Et surtout : ne perds jamais ta faculté d’émerveillement, ta spontanéité… des qualités formant un complément parfait à ta rigueur.

© Gauthier Keyaerts, Bruxelles, 8 décembre 2014 Turbulences Vidéo #86

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s