Mourad Merzouki invente la danse du « Pixel »

Par Geneviève Charras.

separationLe chorégraphe Mourad Merzouki a imaginé un spectacle où les arts numériques interagissent avec les danseurs hip hop…

Dernière création en date du chorégraphe Mourad Merzouki, Pixel est peut-être son chef-d’œuvre. Le célèbre chorégraphe, venu du cirque et du hip hop et désormais à la tête du Centre Chorégraphique National de Créteil, a imaginé un spectacle prodigieux où danse et arts numériques se répondent en poésie.

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Pixel de Mourad Merzouki. Photo : Benoîte Fanton

Le sol et le fond de scène semblent recouverts de pixels blancs, parfois immobiles, parfois en pluie. La poésie du spectacle naît de l’interaction entre les danseurs et ces pixels. Un danseur virevoltant les agrège dans une spirale folle, un autre les éparpille d’un bond. On comprend alors que le Pixel du titre, singulier dans tous les sens du terme, ne désigne pas les effets visuels mais les danseurs. « Ces pixels me rappellent notre société, explique Mourad Merzouki. Leur mouvement de masse, qui isole parfois des électrons libres ou qui les lie entre eux, c’est un beau symbole. »

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Pixel de Mourad Merzouki. Photo : Gilles Aquilar

Dompter les pixels

La création numérique est l’œuvre d’Adrien Mondot et Claire Bardainne que Mourad Merzouki a rencontrés lors d’un festival à Lyon. « Leur esthétique est très présente dans le spectacle, ce côté minimal en noir et blanc. » Le chorégraphe et le duo d’artistes ont travaillé pendant plusieurs semaines. « Je ne sais pas du tout comment ça fonctionne techniquement, raconte Mourad Merzouki. Eux m’expliquaient ce qui était possible et moi j’en ai fait mon aire de jeux. »

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Pixel de Mourad Merzouki. Photo : Gilles Aquilar

Même si elle intrigue, la dimension technologique de Pixel n’obsède pas le spectateur. « Certaines séquences vidéo sont enregistrées, révèle Mourad Merzouki. Il fallait alors que les danseurs soient en harmonie avec ce qui se passe dans la vidéo. » Dans certaines séquences au contraire, les vidéastes interagissent, depuis la régie, avec les danseurs. Ce sont les moments les plus forts, où les mouvements de danse dictent ceux des pixels. « Je ne voulais pas que les effets visuels parasitent les mouvements, qu’ils ne soient que des gadgets décoratifs. L’équilibre, c’est ce qui est le plus compliqué en danse. »

Le hip hop entre dans la danse

Actuellement présenté dans le cadre du festival Kalypso, à la Maison des Arts de Créteil, Pixel partira ensuite dans une tournée d’au moins 64 dates dans 28 villes. L’expérience pourrait ne pas être renouvelée de sitôt. « Il faut que je digère ce projet qui a été compliqué à monter, raconte Mourad Merzouki. Le timing du numérique n’est pas celui du corps des danseurs, qui se refroidit très vite alors que les ordinateurs ont besoin de temps de calcul assez long. »

Ces difficultés sont heureusement invisibles au spectateur, de même que le spectacle ne tombe pas dans les travers du spectaculaire à tous crins de certaines performances hip hop. Pour Mourad Merzouki, ce défaut est de l’histoire ancienne. « Il y a eu la même chose avec le Nouveau cirque qui, peu à peu, a conduit la discipline à s’éloigner du sensationnel pour donner vie à des spectacles d’auteur. En trente ans, le hip hop a gagné la scène. La question de la revendication ou du contexte social est dépassée. Aujourd’hui, quand on voit un spectacle hip hop, on voit un corps dansant, sans se demander s’il vient de banlieue ou pas. »

La rencontre est le fondement de l’art de Mourad Merzouki, avec des artistes qui le stimulent et le nourrissent.

En 2014, il reprend les chemins de la création avec Pixel et poursuit sa quête du mouvement avec de nouveaux partenaires de jeu. Pour ce projet, il s’oriente pour la première fois vers les arts numériques et engage une collaboration avec les artistes Adrien Mondot et Claire Bardainne de la Compagnie AMCB, créateurs d’univers graphiques abstraits, qui bousculent le rapport au cadre habituel de l’image. Par le biais de projections lumineuses qui accompagnent les mouvements des danseurs, l’objectif est de trouver le subtil équilibre entre réel et virtuel, énergie et poésie, fiction et prouesse technique pour créer un spectacle à la croisée des arts. Sur un plateau à trois dimensions, le rapport au temps et à l’espace sera modifié, décalé, distordu, dans une conversation ludique entre le monde de synthèse de la projection numérique et le réel du corps du danseur.

La première expérience de Mourad Merzouki mêlant hip hop et vidéo interactive. Une expérience dense de nouveaux espaces, de nouvelles matières numériques vivantes, mouvantes, en dialogue avec les corps.

© Geneviève CharrasTurbulences Vidéo #86

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