Qu’attendre du Ciel ?

Par Alain Bourges.

separationC’est fini.
La Promesse de l’aube, Romain Gary

C’était en juillet 1969, il y a une éternité. Neil Armstrong foulait le sol lunaire. Nous étions rivés à nos écrans de télévision, retenant nos respirations. Nous assistions à la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb, en direct. Espoir et anxiété . Le vaisseau Apollo disparaissait derrière la Lune, coupure des transmissions, longues minutes d’attente, puis il réapparaissait, soulagement. Le LEM se détachait, angoisse de l’alunissage… tout se passait à merveille… un bonheur, la communion planétaire.

À l’époque, l’espace offrait une immensité à conquérir, une immensité vierge mais pleine de rêves, de projets absurdes, de plans sur la comète. Nous étions innocents. Kennedy avait fixé l’objectif : la Lune. Quel homme politique, aujourd’hui, se ferait élire sur cette promesse folle : je vous donnerai la Lune ? Qui aurait cette folie ?

La Lune a été atteinte, une fois, deux fois, quatre fois et puis plus rien. Vînt la crise. La succession des crises, la crise à n’en plus finir. Les budgets étranglés, les fins de mois impossibles, le rêve dissous. De temps en temps une Philæ vient nous rappeler la légende mais l’Espace a changé. Ce n’est plus l’Espace des découvertes mais l’Espace des dangers. Échecs successifs des expéditions martiennes, indifférence lors des succès, on mesure les coûts, les limites, les dangers. À l’enthousiasme des années 70, qui sont aussi celles de la contre-culture, de la libération sexuelle et des droits civiques, s’est substitué le repli sur soi, l’inquiétude généralisée, une mentalité de petits vieux.

Désengagement général, trouille planétaire, qu’est-ce qui va encore nous tomber dessus ? De l’Espace ou d’ailleurs… Là où il y avait des étoiles avec du noir autour, il ne reste que du noir, partout, avec des étoiles perdues au milieu.

Les séries, qui ne sont guère plus que le baromètre de la situation, nous racontent cet effondrement par le menu…

The Leftovers

13 Frères, nous ne voulons pas vous laisser dans l’ignorance au sujet de ceux qui se sont endormis dans la mort ; il ne faut pas que vous soyez abattus comme les autres, qui n’ont pas d’espérance.

14 Jésus, nous le croyons, est mort et ressuscité ; de même, nous le croyons aussi, ceux qui se sont endormis, Dieu, par Jésus, les emmènera avec lui.

15 Car, sur la parole du Seigneur, nous vous déclarons ceci : nous les vivants, nous qui sommes encore là pour la venue du Seigneur, nous ne devancerons pas ceux qui se sont endormis.

16 Au signal donné par la voix de l’archange, et par la trompette divine, le Seigneur lui-même descendra du ciel, et ceux qui sont morts dans le Christ ressusciteront d’abord.

17 Ensuite, nous les vivants, nous qui sommes encore là, nous serons emportés sur les nuées du ciel, en même temps qu’eux, à la rencontre du Seigneur. Ainsi, nous serons pour toujours avec le Seigneur.

18 Réconfortez-vous donc les uns les autres avec ce que je viens de dire.

Première lettre de Saint-Paul aux Thessaloniciens et inspiration de The Leftovers,

Dans un article précédent, je m’étais risqué à déclarer la période post-11-septembre close et à avoir décrété que les séries se tournaient désormais vers d’autres sujets, détachés des menaces terroristes, de la question islamique, des complots et des catastrophes. Comme toute affirmation trop tranchée, celle-ci devait être démentie sitôt après avoir été publiée. The Leftovers est le titre de ce démenti.

Suis-je allé trop vite ou cette série est-elle un peu en retard ? La trame est symptomatique du trauma fondateur du XXIème siècle. Un jour, un jour banal, 2 % de la population se volatilise. On se retourne, il/elle n’est plus là. Il/elle était pourtant là la seconde d’avant. Que s’est-il passé ? On ne le sait pas, on ne le saura sans doute jamais. Ce sont des bébés, des maris, des femmes, des enfants, des vieillards, n’importe qui a ainsi disparu en ce jour qui était n’importe quel jour.

Nous sommes trois ans après l’évènement, dans la petite ville de Mappleton. Personne ne s’est encore remis et il est probable que personne ne s’en remettra. La tension est palpable au sein de la population, le moindre incident semble pouvoir la faire basculer dans la violence. Le chef de la police essaie de maintenir un semblant d’ordre et de relations humaines, la maire aussi, de son côté, avec des intentions évidemment plus politiques. Une communauté s’est implantée, les Guilty Remnants, qui suscite l’animosité de la population mais recrute à un rythme régulier. On ne sait pas grand-chose d’eux sinon qu’ils s’habillent de blanc, fument cigarette sur cigarette et ont fait vœu de silence. Plus loin, dans la cambrousse, une autre communauté s’est rassemblée autour d’un gourou appelé Wayne. Dernière figure récurrente : un tueur de chiens visiblement décidé à décimer les hordes de chiens errants. D’où sortent ces personnages, quelles sont leurs motivations, leurs rôles, leur but, leurs intentions ? Gageons que nous ne le saurons jamais.

Auteur du roman originel, Tom Perrotta l’est aussi de cette adaptation réalisée en tandem avec Damon Lindelof, le co-créateur de Lost. Pas de quoi s’étonner. The Leftovers parle de ceux qui sont restés après la disparition de leurs proches, quand Lost traitait d’un groupe de personnes disparues. Envers des choses.

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The Leftlovers.

Hélas, Lost a aussi laissé le souvenir d’une série où les pistes se multipliaient et qui s’achevait sans explication ni résolution. La frustration avait été immense. Les premiers épisodes de The Leftovers, qui accumulent les ombres et masquent les non-dits sous des flashbacks et des rêves, composant une sorte de long rébus, laissent craindre le même sort. On passe d’un personnage à l’autre sans réel lien. Le troisième épisode, entièrement consacré à un personnage de pasteur fonctionne de façon tout à fait autonome et pourrait très bien se passer de l’intervention du chef de la police, voire même, tout bien considéré, des Guilty Remnants. Enlevez tout ce qui touche spécifiquement à Leftovers, l’histoire est la même.

Aristote écrivait : “ (…) tout ce qui peut être dans un tout ou n’y être pas sans qu’il y paraisse, n’est point partie de ce tout. ”

L’ésotérisme facile bricolé par Lindehof fait éclore des réseaux d’initiés. Un peu comme cela s’est passé avec Twin Peaks, la première série post-moderne. Il y a ceux qui savent, qui ont tout suivi, qui devinent les ressorts cachés, et les autres. L’incapacité à conclure, pour Lynch comme pour Lindehof. relève de la même stratégie de connivence. Seuls les initiés savent jouir de ce suspens qui leur laisse un délicieux goût d’inachèvement.

Susciter la curiosité du spectateur est le fondement légitime de tout récit. Ne pas la satisfaire est une rupture du contrat qui lie l’auteur à son lecteur, son auditeur ou son spectateur. Une impolitesse.

Aristote écrivait, à ce sujet : “ J’appelle entier ce qui a un commencement, un milieu et une fin. ” On peut difficilement faire plus clair. Encore que…

La fin est la question majeure et pourtant sans cesse différée qui se pose à toute série. Elle procède paradoxalement d’une des spécificités de la télévision : la continuité. La télévision ne s’arrête jamais. Jour et nuit, d’un bout à l’autre de l’année, le flux électronique se déverse, sans interruption. Continuité et programmation sont les seules lois. Les séries en sont l’une des manifestations les plus évidentes. En cela, elles font le lien avec les grands cycles littéraires, balzaciens, proustiens ou tout simplement légendaires où achever, c’est mourir..

Dès lors, comment achever ce qui, par nature, ne peut s’arrêter pour de bonnes raisons ? La fin, par définition, détermine la durée, or tant que la série remporte du succès, il n’y a aucune raison d’y mettre un terme. L’incertitude qui plane sur toute production soumise au verdict des diffuseurs, rend cette fin toujours potentielle. Non seulement chaque année, l’avenir de la série est remis en jeu mais à n’importe quel moment, une série peut aussi facilement mourir que vous et moi d’un caprice du Créateur. Le cimetière des séries sommairement exécutées est vaste, il faudra revenir sur ce champ de sépultures qui, il est vrai, recèle d’authentiques bijoux.

À la télévision donc, la continuité est un impératif si puissant que lorsqu’une série n’a été conçue que pour un nombre limité de saisons, lorsque sa fin a été pensée, elle laisse derrière elle comme une ombre. Elle ne disparaît jamais définitivement., témoins ce Jack Bauer ressurgi cette année pour une neuvième saison inattendue, Battlestar Galactica (1978), Love Boat, Dallas, Star Trek ont donné lieu à autant de résurrections. La dialectique des séries TV, leur moteur interne, s’alimente du conflit entre l’impératif d’une fin et l’exigence de la continuité. Sans tension entre l’une et l’autre, rien ne susciterait un tel désir, chez nous, de regarder ces séries jusqu’au bout.

La fin d’une série est donc inscrite dans ses gènes. Ne pas la postuler, comme l’a fait Lindehof avec Lost, est une faute. Ne pas avoir imaginé cette fin avant de construire son récit, comme David Lynch avec Twin Peaks, est une escroquerie. Car la fin n’est pas seulement l’événement logique qui vient couronner un parcours, elle est ce qui permet de comprendre ce parcours, autrement opaque.

Ceci ne condamne en rien les fins ouvertes qui, elles, laissent l’imagination du spectateur conclure. Lost, comme, semble-t-il, The Leftovers cherchent plutôt à égarer le spectateur pour ne pas avoir à conclure. Les Leftovers, ceux qui restent après la disparition, ne serait-ce pas finalement nous autres, les spectateurs, une fois ce récit effacé ?

Under The Dome

Under The Dome, adapté d’un ouvrage de Stephen King, propose un scénario symétrique, lui aussi inspiré de Lost : soudain un dôme transparent tombe sur une petite ville, Chester’s Mill, et l’isole du reste du monde. Huis clos étendu à l’échelle d’une bourgade avec tout ce que cela propose de tensions, de combinaisons entre les personnages et de secrets à révéler au compte-goutte.

Le Dôme est évidemment intelligent. Il comprend et réagit aux paroles et aux actes de ceux qu’il détient. Dieu a pris la forme d’une bulle. Il punit les méchants, récompense les bons, mais jamais jusqu’à les laisser s’échapper. Il les observe. La petite ville est devenue une émission de télé-réalité à spectateur unique. Une version démultipliée de Secret Story.

Voilà pour la version profane moderne, mais, plus avant, à quelle définition semble répondre une population choisie par la divinité pour entretenir avec elle un dialogue singulier si ce n’est celle de “ peuple élu ” ? Isolée du monde, soumise aux appréciations, aux punitions et aux récompenses de la divinité, la population de Chester’s Mill incarne assurément le peuple d’Israël. Les choix d’élus, parmi elle, souvent au grand étonnement des autres, pour accéder aux mystères du Dôme et en préserver la perpétuation rejoue les actes des prophètes. Dès lors, tout acte, toute parole devient exemplaire. Sa portée dépasse les limites du Dôme. Un jour, lorsque le Dôme aura disparu et en attendant son retour, on relira l’histoire de ce peuple, telle que l’a voulu Dieu.

Under the Dome

Under the Dome

Comme le peuple d’Israël des origines, la population, prise dans son ensemble, se comporte comme une populace inaccessible à l’esprit de solidarité et encore moins à la foi envers le vrai Dieu. C’est l’épisode du Veau d’Or étendu au gré des scènes de pillage, de marché noir et de corruption. Les autorités locales sont débordées, la loi est dévoyée. Seule une poigne ferme, digne d’un Moïse, évite le retour à la barbarie.

Les personnages principaux sont très vite exposés. Au moins évite-t-on le goutte-à-goutte façon Lost et il ne faut pas patienter très longtemps avant de découvrir les secrets des uns et des autres : Dale Barbara, le héros solitaire a un meurtre sur la conscience, Big Jim, le maire, est un fasciste corrompu, son fils est atteint de graves troubles mentaux, Julia, la jolie journaliste rousse a été précédemment virée pour tricherie, L’ex du héros le fait chanter, La mère de cet ex a une sérieuse revanche à prendre sur toute la communauté, Norrie, la fille du couple d’homosexuelles est une caricature d’adolescente égoïste… Bref, tous les innocents sont coupables, comme chez Hitchcock mais à la différence du cinéma de cet excellent catholique, le Dôme de Stephen King offre à chacun la possibilité d’une rédemption. Après tout, les compagnons de Jésus étaient-ils exemplaires avant de rencontrer le Seigneur ?

Extant

Que dire à présent d’un feuilleton qui accumule pêle-mêle extra-terrestres, androïdes, histoires de familles, hallucinations, complots, revenants et zombies ? Les bras en tombent. On se trouve balloté entre l’espoir d’une fiction spatiale, la familiarité d’un nouveau complot au sein des hautes sphères et la lassitude d’une scène de petit-déjeuner en famille. Tenons-nous en donc pour l’instant au programme énoncé à l’orée de chaque épisode :

It’s a story about Earth
a story about family
a story about surviving
(C’est une histoire au sujet de la terre
une histoire au sujet de la famille
une histoire au sujet de la survie)

Rarement série n’aura annoncé avec une telle candeur le programme de son échec. Précédée des réputations flatteuses de son producteur, Steven Spielberg, et de son actrice principale, Dale Berry, Extant promettait pourtant une histoire de science-fiction dotée d’atouts. Les moyens étaient à la hauteur : capsule spatiale, membres bioniques, androïdes, visualisations 3D, écrans transparents, entités extra-terrestres indéfinissables, la compilation de ce que l’on fait désormais dans le genre. Est-ce suffisant ? Bien évidemment pas. Est-ce nécessaire ? Vraisemblablement pas à en juger par les moyens infiniment plus modestes d’une série telle qu’Akta Människor, par exemple. Ce qui aurait été nécessaire et suffisant, en revanche, aurait été de ne raconter qu’une seule histoire à la fois. Pas trois.

Molly est une astronaute revenue d’une lointaine mission de 13 mois en solitaire au cours de laquelle elle vécut une étrange hallucination. Son mari dirige le laboratoire qui a crée le premier androïde, un petit garçon qu’ils ont, du coup, adopté comme le leur. Quelques temps après son retour sur Terre, Molly apprend qu’elle est enceinte et ceci depuis son séjour spatial, chose pour le moins inconcevable, à moins, bien sûr que l’hallucination n’en ait pas été une.

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Extant

Une grande part de la fiction traite ainsi des relations entre des parents et un enfant un peu différent des autres qu’il s’agit de faire accepter par les autres. L’argumentation politiquement correcte sur la différence est mise à contribution. Elle traite également d’une variante de “ gestation pour autrui ”, l’autrui étant extra-terrestre. Cas de figure connu depuis Alien. Ici, la “ progéniture ” ayant été extirpée chirurgicalement de la mère et mise en couveuse, la mère en vient rapidement à réclamer son enfant, comme toute mère à laquelle on aurait arraché son bébé. Décrit de façon aussi minimale, j’imagine que ce synopsis laisse pantois…

L’histoire “ familiale ” rapidement brossée, j’en viens à la deuxième dimension : le complot. Retour sur terre, dans une société nord-américaine dont la paranoïa n’est pas le moindre charme. Bien évidemment, au sein de la NASA (rebaptisée ISEA), il existe un complot, piloté à distance par un richissime industriel qui contrôle en sous-main les missions spatiales d’exploration minière, dans le seul but de retrouver la substance extra-terrestre qui lui assure la survie.

Ce qui nous amène droit au troisième sujet : la survie. L’entité qui a grandi dans le ventre de Molly est bien la plus formidable menace que puisse affronter les êtres humains. Elle les subjugue au moyen d’hallucinations et prend possession d’eux. Elle est l’avant-garde d’une invasion massive qui menace à court terme l’humanité entière. Encore un peu et l’humanité sera annihilée.

Tous les poncifs de la Série B sont donc au rendez-vous.

Cependant, comme parfois avec les séries B, celle-ci esquive l’opprobre qui pèse sur cette catégorie à la faveur de ses propres excès. Passées les fautes de goût, de cohérence, de constance, de rigueur, la démesure à laquelle elle cède produit un nouveau discours, intentionnel ou pas. Non un discours au second degré, pour satisfaire un public trop malin, mais bien au premier, en toute candeur. Pour user d’une image zoologique, l’histoire se réduit peu à peu à une mue, à la fois sèche et transparente, tandis que s’en extrait un nouveau récit, bien vivace, lui, mais beaucoup plus ambigu.

La figure la plus exemplaire, car la plus disproportionnée, est celle de l’héroïne, Molly, dont la fibre maternelle est à ce point exacerbée qu’elle adopte comme son fils le petit garçon androïde fabriqué dans le laboratoire de son mari, en un étonnant renversement des rôles biologiques. Bien plus, elle accepte ensuite le fruit de son viol par une entité extra-terrestre et déploie toute son énergie à protéger un être qui n’a au mieux qu’une moitié d’humain, la part qu’il a héritée d’elle. Outre la naïveté de croire que les extra-terrestres pratiquent la procréation sexuée, cette mère démesurée choisit son enfant contre le sort de l’humanité puisque sa progéniture n’est que l’avant-garde de l’invasion.

Autre illustration de cette démesure, mais sur son versant criminel : Sparks, le patron des missions spatiales – donc de Molly-, et sa femme, sont victimes d’hallucinations produites par le monstre mi extra-terrestre mi-humain. Ils revoient leur fille, spationaute sacrifiée par le père au cours d’une mission spatiale infestée par les extra-terrestres. Elle leur revient enfant. Ils savent pertinemment qu’il ne s’agit que de mirages mais rien n’y fait. Ils laissent tuer ou tuent eux-même des innocents pour nourrir le monstre car tel est le prix qu’il réclame pour perpétuer leurs illusions. L’amour parental est une psychose.

Extant traite donc, une fois de plus dans l’histoire des séries TV américaines, de la famille. Mais la démesure engendre l’inversion et l’argument se retourne comme un gant. Le lien biologique qui soude une famille a muté, il transgresse ici toute loi, toute conscience, toute raison, toute morale. L’amour est devenu une monstruosité. Le monstre enfanté par la spationaute violée dans l’espace n’est pas ce truc bizarroïde qui se repaît d’êtres humains, c’est l’amour qu’elle porte à cette horreur. Quant aux crimes du couple Sparks, désespéré par la perte de son enfant, ils sont d’autant plus terribles que tous les deux savent pertinemment que la petite fille qu’ils voient, à laquelle ils parlent et avec laquelle ils jouent, n’est qu’une image, perceptibles par eux seuls. Pourtant, à leurs yeux, cette seule jouissance suffit à justifier leurs meurtres. Charles Manson n’a pas fait pire.

Le programme d’Extant se brouille donc très tôt et la série finit par dire le contraire de ce qu’elle avait annoncé. Une histoire sur la famille ? Oui, bien sûr, mais sous l’angle de la monstruosité de l’amour parental, de l’antagonisme entre famille et société et de la dangerosité des enfants. Une histoire sur la survie ? Certes, mais dans sa perception la plus pathologique : survivre, c’est liquider les autres pour jouir de ses propres hallucinations. Une histoire sur la Terre ? Il en est assez peu question, à vrai dire, mais on sent chacun prêt à tout pour échapper à la condition humaine.

Pygmalion plutôt que Prométhée

Revenons aux enfants, car il y en a deux dans Extant : un petit androïde et un monstre mi-humain mi extra-terrestre. Le premier a été produit par la main de l’homme et miraculeusement, se met à évoluer seul puis à faire preuve d’une conscience allant jusqu’au sacrifice de soi, le second est né de la chair même d’une femme et d’un monstre, il tient (hélas) de l’un et de l’autre, je devrais dire de l’un multiplié par l’autre.

Ces deux garnements rappellent deux légendes cousines : celle de Prométhée et celle de Pygmalion. Dans le premier cas, un être est crée de la glaise primordiale, dans le second, c’est une statue qui prend vie. Le premier rivalise avec les Dieux, comme par la suite Frankenstein ou le rabbin du Golem. Dans Extant aussi le monstre échappe à son créateur (en l’occurrence sa créatrice) et sème la catastrophe.

Le petit androïde de Extant se rapproche davantage du Rossignol de l’Empereur de Chine ou de La Princesse et le porcher, d’Andersen. C’est la filière Pygmalion. Là aussi, l’imitation trouble assez les personnages, pnon pour qu’ils confondent les imitations avec les vraies créatures, mais pour les leur préférer. Ce n’est qu’un moment d’égarement, qui suffit à faire un conte, avant de comprendre que l’imitation, c’est à dire l’image, ne peut se substituer au réel.
Et c’est peut-être ce qui rassemble ces trois séries où le futur, invariablement catastrophique, met d’abord en jeu notre conscience de la réalité.

Extant est une série télévisée américaine créée par Mickey Fisher, produite par Steven Spielberg, diffusée en 2014 aux USA et au Canada. Elle est interprétée par Halle Berry, Goran Višnjić, Camryn Manheim, Hiroyuki Sanada, Pierce Gagnon, Grace Gummer, Michael O’Neill

The Leftovers est un feuilleton télévisé américain écrit par Tom Perrotta et Damon Lindehoh et produit par HBO en 2014. Il est interprété notamment par Justin Theroux, Amy Brenneman, Christopher Eccleston, Liv Tyler, Chris Zylka, Margaret Qualley, Carrie Coon, Emily Meade, Amanda Warren, Ann Dowd, Michael Gaston, Max Carver, Charlie Carver, Annie Q, Paterson Joseph

Under the Dome est un feuilleton télévisé américain écrit pat Brian K. Vaughan à partir du roman homonyne de Stephen King, et interprété notamment par Mike Vogel, Rachelle Lefèvre, Alexander Koch, Colin Ford, Mackenzie Lintz, Dean Norris, Eddie Cahill, Natalie Martinez…

© Alain Bourges – Turbulences Vidéo #86

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Une réponse à “Qu’attendre du Ciel ?

  1. Belle image du noir partout avec des étoiles perdues au milieu. Je confirme. J’ai suivi l’odyssée d’Apollo 13 depuis la cour de récréation de l’école primaire. Pour mes 20 ans il n’y avait plus que Margaret Thatcher et crise et de précarité pour toute perspective.

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