Entretien avec Natan Karczmar


Je suis né à Paris en 1933, dans le 4e arrondissement. Mes parents étaient polonais, ils se sont rencontrés à un cours du soir de français.

Mon père est arrivé en France en 1929. Il a reçu une formation de peintre à l’École des Beaux Arts de Varsovie, mais compte tenu des difficultés à vivre de ce métier, il travaillait également dans la fourrure, comme assortisseur.

Ma mère, un peu plus tard, a tenu un magasin de parfumerie aux Lilas, à Paris.

Je suis fils unique. J’ai peu de souvenirs de ma petite enfance. Un des premiers souvenirs remonte à 1936 : mon grand père était au salon et lisait un journal dans lequel figurait une photographie de volontaires qui se rendaient en Espagne pour combattre Franco. Or, son fils de dix huit ans s’était embarqué sur un bateau qui avait été coulé par les allemands. Grand père avait cru reconnaître mon oncle sur la photo. C’est mon premier souvenir vivace.

La guerre est arrivée alors que j’avais six ans.
Il y a d’abord eu l’exode.

Mon père avait une grosse voiture et nous avons fui à Arcachon. Nous sommes revenus à Paris quelque temps après, en 1940. Puis, les premières mesures antijuives n’ont pas tardé à se manifester et les hommes de la famille, mon père, mon grand père et mes oncles, sont partis à Nice sur la Côte d’Azur, qui était alors occupée par les italiens et où le danger était moins grand.

Ma mère tenait toujours son magasin à Paris. Un jour, quelqu’un est venu nous avertir qu’il fallait partir dans la nuit, nous apprenant qu’on allait confisquer le magasin et qu’il y avait de forts risques que l’on nous arrête. Nous avons donc fait nos valises et passé la ligne de démarcation pour arriver à Nice. Là, je suis tombé malade et j’ai dû me réfugier à la montagne, à Saint-Dalmas-le-Selvage.

À Nice, mon père, grâce à ses talents de peintre, avait été enrôlé par la résistance pour fabriquer de faux papiers. J’ai d’ailleurs à ce propos une anecdote qui me revient. Mon père fabriquait ces documents d’identité et c’est un parent lointain qui était chargé de les distribuer. Un jour, ce dernier est contrôlé en ville au cours d’une de ces livraisons. Il présente ses faux papiers, tout se passe bien et on le laisse partir. Dans la panique, il oublie de prendre avec lui le cartable qui contenait les faux papiers. Un policier zélé s’en aperçoit et s’enquiert de son contenu. L’homme est arrêté et on ne l’a jamais revu.

Quand je suis revenu à Nice, nos mères ont décidé de nous envoyer, mes cousins et moi, à Clion-sur-Indre, chez des retraités qu’elles connaissaient. Cinq enfants y ont été cachés pendant deux ans.

On m’appelait Nicolas, je n’avais pas de papiers, ne pouvais pas aller à l’école, n’avais pas de carte de rationnement. Heureusement, la propriétaire de la ferme où nous étions tenait aussi une petite épicerie. On a survécu comme ça.

À Clion, les gens se doutaient que nous étions cachés mais nous avons eu la chance de ne pas être dénoncés. J’ai le souvenir que la résistance avait fait parvenir un petit cercueil à un homme qui était connu pour collaborer avec les Allemands, le prévenant des risques qu’il encourait s’il parlait. Notre quotidien était dominé par la peur.

Plus au sud, nos parents, quant à eux, sont allés se réfugier à Mane, dans les Alpes-de-Haute-Provence. Ils étaient dix-sept, cachés dans trois maisons. Un jour, ils ont été dénoncés par le fils de la blanchisseuse, chez laquelle ma mère et les autres femmes apportaient le linge des hommes. Un peu plus tard, est arrivé au village une traction avant noire, avec un allemand et deux miliciens. Ils venaient pour les contrôler. Mon grand père a été tué par un jeune milicien en essayant de se sauver. Ils ont emmené ma mère à Marseille pour vérifier ses papiers, bien-sûr faux, de ceux que mon père fabriquait si bien. Elle fut arrêtée, remontée à Drancy et déportée à Auschwitz. Heureusement, elle en a survécu.

Mon père a pu se réfugier dans le maquis et il est devenu chauffeur du commandant des FFI. En ce qui nous concerne, ma mère avait pu, alors qu’elle était dans le train, fournir à des cheminots un mot qui contenait notre adresse et où elle nous apprenait que les allemands savaient où nous nous trouvions, et qu’il fallait par conséquent se montrer très prudent.

Chaque mois, j’écrivais à mes parents, et au cours de leur perquisition à Mane, l’allemand avait trouvé une enveloppe avec l’adresse de retour.
Pendant toute cette période, de six à douze ans, je ne suis pas allé à l’école. J’avais le sentiment d’être en hibernation, partagé entre la foi en ma bonne étoile, et la crainte de devoir toujours m’appeler Nicolas. Avec l’un de mes cousins, nous écoutions Radio Londres et nous avons appris la nouvelle du débarquement.

Natan Karczmar, exposition Contact, installation de communication place des rois à Tel-Aviv, 1983

Natan Karczmar, exposition Contact, installation de communication place des rois à Tel-Aviv, 1983

En 1945, mon père est venu jusqu’à Clion en vélo pour me chercher, et nous sommes remontés à Paris. Là-bas, nous ne savions pas si ma mère avait survécu. Tous les soirs, nous écoutions la liste des déportés, sans nouvelles. Peut-être son nom nous avait-il échappé ? Un jour, pourtant, un médecin américain est venu frapper à notre porte. Il nous a dit avoir rencontré madame Karczmar à Bergen-Belsen. Nous savions qu’elle était en vie. Un autre jour, un clochard a frappé à notre porte et espérant un pourboire, nous a appris que ma mère venait d’arriver à la gare. Nous nous sommes rendu à l’hôtel Lutecia en taxi, et ma mère était là. On s’attendait à la retrouver squelettique, mais bien au contraire, elle était plutôt enflée. À la libération de Bergen-Belsen, les déportés se sont jetés sur des conserves et toute la nourriture qu’ils pouvaient trouver. Pour l’anecdote, en marchant elle tenait sous son bras quelque chose et mon père lui a demandé de quoi il s’agissait. C’était une miche de pain qu’elle conservait.

À partir de ce moment, on se réinstalle à Paris, et ma mère finit par retrouver son magasin aux Lilas. Pour ma part, j’ai fait quelques mois dans une école communale puis je suis entré au Lycée Voltaire. Or, je ne savais pas étudier, j’avais appris à lire et à écrire entre 5 et 6 ans, mais j’étais le seul parmi mes camarades de classe à ne pas avoir de méthode, de discipline de travail. Même le simple fait de lever le bras pour poser une question m’était tout à fait étranger. Je ne cherche pas à justifier mon comportement mais j’ai complètement décroché. J’ai finalement été recalé et ne suis pas passé en troisième. C’était un désastre. J’ai dû alors prendre des cours dans une école privée. J’avais choisi les cours de l’après-midi parce que le matin je pouvais écouter les émissions radiophoniques de Jean Vitold, sur la musique classique. Je m’y intéressais et allais écouter de nombreux concerts symphoniques.

À douze ans j’ai aussi commencé à prendre des cours de violon mais je manquais toujours de discipline. Je n’ai donc pas pu faire des études sérieuses de musique. Et j’ai pensé qu’il valait mieux être un mélomane passionné qu’un mauvais musicien.

Jusqu’à mes dix-huit ans, à Paris, je mène une vie désorganisée. J’allais à droite, à gauche. Je suivais par exemple les premiers spectacles du mime Marceau et des cours de pantomime en tant qu’auditeur. De même pour l’art dramatique. Bref, je touchais à tout, sans me spécialiser, sans vraiment étudier. J’étais réfractaire à l’étude, à suivre un manuel, cela m’était difficile.

Trois mois avant de passer mon bac, je révèle à mes parents que je ne le passerai pas. Une catastrophe pour eux.

Plus jeune, mon père avait souhaité partir en Palestine, il avait obtenu un visa que sa mère lui avait caché le temps qu’il soit périmé. À la place, il était parti à Paris. Une cousine qui y résidait, par ailleurs épouse du célèbre pianiste Brailowski, lui avait conseillé de venir à Paris pour percer dans la peinture. Parmi les survivants européens de ma famille, il y avait cette tante de Bruxelles, Fanny. Son mari, mon oncle Adolf, téléphone un jour à mon père et lui apprend qu’ils partent vivre au Canada. Ils souhaitent nous voir avant de partir, tout en nous signifiant qu’ils n’auront pas le temps de venir à Paris. Mes parents montent donc à Bruxelles et mon oncle leur propose de venir avec eux au Canada. À la grande surprise de mon oncle et de ma mère, mon père admet qu’il est prêt à quitter l’Europe, non pour le Canada, mais pour Israël, comme il l’a toujours souhaité. Second rebondissement, mon oncle lui tape dans la main et se dit prêt à le suivre. Il avait déjà son billet pour le Canada, son passeport, mais c’est ainsi qu’ils décidèrent d’aller en Israël. C’était en 1950. Mon oncle avait été associé avec son frère dans une entreprise de métallurgie qui fabriquait des fermoirs de sac. Ils ont emporté avec eux toutes les machines, une usine en préfabriqué et se sont installés à Petah-Tikva, dans les environs de Tel-Aviv. Mon père s’est associé à mon oncle. Le temps que l’usine se construise – il fallait six mois – ma cousine et moi sommes allés dans un oulpan, une petite université conçue pour les immigrants qui devaient apprendre l’hébreux à toute vitesse.

Après l’école, n’ayant appris aucun métier, j’ai dû travailler dans les affaires de mon père. Je me suis donc exercé sur différentes machines. C’est là que j’ai découvert la galvanoplastie. Une fois que les produits sont achevés et polis, il faut les plonger dans un bain de dorure, de nickelage, etc. Cela me convenait parfaitement car je pouvais commencer le travail à dix heures, et quand je finissais, après tout le monde, je partais à Tel-Aviv où j’allais à des concerts.

Être un artiste ? Cela mis un certain temps avant que je l’admette, ou bien qu’on l’accepte. Pour comprendre ma démarche, il faut savoir que lorsque j’étais élève au Lycée Voltaire, j’allais au ciné-club, puis à la cinémathèque. À Tel-Aviv, je faisais partie d’un petit groupe de jeunes français qui étaient réunis autour du directeur de la programmation des émissions françaises à la radio israélienne, et ce dernier m’a invité à rejoindre l’équipe de la radio. Pendant environ deux ans, j’étais speaker francophone à la radio, et j’avais même, le jeudi, ma propre petite émission. Par ailleurs, il y avait, dans ce même groupe, une jeune pianiste dont le père était directeur de l’Écho d’Israël, un quotidien francophone local. Puisque que j’assistais à tous ses concerts de musique de chambre, elle me proposa un jour d’écrire quelques critiques dans le journal. Je suis devenu critique musical pour l’Écho d’Israël, j’avais vingt ans. Je fréquentais donc de plus en plus le monde des artistes.

J’ai ensuite souhaité organiser une cinémathèque et me suis mis à la recherche de classiques du cinéma. Aucun distributeur sur place n’avait de vieux films en sa possession. Je suis allé dans les ambassades et j’y ai trouvé des films sur l’art, la peinture, la sculpture, l’architecture etc. J’ai trouvé vingt films, et c’était suffisant pour faire cinq programmes.

Ensuite, j’ai approché la maison des artistes à Tel-Aviv, à Jérusalem et à Haïfa, loué des salles, et monté un Festival de Films sur l’Art, qui a eu beaucoup de succès. J’ai même dû faire deux séances par soirée. Puis je suis retourné à Paris pour y demander de l’aide afin de monter une cinémathèque. L’attaché culturel de France en Israël m’avait présenté à un responsable d’une organisation juive en France, qui m’avait proposé son appui pour ce projet. Malheureusement, il avait démissionné entre temps et n’a pu m’aider. Je me suis intéressé à d’autres projets.

On m’avait présenté à Léonide Moguy, un cinéaste alors fameux, et nous avons préparé ensemble le projet d’un Centre du Film Documentaire. D’autre part, pour vivre, j’ai aussi monté l’Association du Disco-club de France. Avec un ami dont le père était imprimeur, nous avons fait des affiches et des cartes de membres, un autre ami m’avait fourni quatre-vingt disques 78-tours de jazz de la Nouvelle-Orléans. On a acheté un électrophone portable, j’ai dégoté une cave sous un café de la place Saint-Michel et les gens venaient, prenaient des cartes de membre, amenaient aussi leurs propres disques et les soirées se lançaient. Comme ça ne suffisait pas, j’ai trouvé à l’étage d’un bar, près de l’Opéra, une salle pour faire des soirées dansantes et accueillir les membres du Disco-club le week-end. Par la suite, des voisins se sont plaints du bruit. J’ai donc déniché une autre cave rue de la Huchette. Bref, je vivotais avec des moyens divers.

Sur ces entrefaites, mon père avait tout perdu et s’est retrouvé ruiné en Israël. Un de ses amis lui a donc conseillé de revenir à la fourrure, métier qu’il connaissait bien, mais au Canada. Mon père me demande d’y partir en éclaireur. À l’époque je devais travailler sur un film avec Léonide Moguy, Je lui montre la lettre de mon père et il me dit: «Tu m’as convaincu ici, tu les convaincras là-bas.»

Je suis donc parti. J’ai eu plusieurs boulots, j’ai travaillé dans une librairie, j’ai été journaliste, et j’ai finalement atterri dans une affaire immobilière, où j’étais chargé de vendre des pavillons, du fait que je me débrouillais bien dans différentes langues. Je gagnais gentiment ma vie.

Je fréquentais souvent le Musée des Beaux Arts de Montréal qui présentait tous les quinze jours des films sur l’art. Là, j’ai eu l’idée de monter le Musée Canadien du Film sur l’Art. Je suis allé dans les ambassades, j’ai recueilli des films et créé une cinémathèque qui a fini par avoir quarante sections, trente au Québec et dix dans le reste du pays. Son siège a même été à l’École des Beaux Arts de Montréal. De nombreux artistes y passaient. C’est là que j’ai eu l’occasion de rencontrer une grande actrice, Dyne Mousso, qui venait d’avoir un grand succès dans La Mouette de Tchekhov au Théâtre du Nouveau Monde, et qui me confia vouloir monter une pièce en un acte, La plus forte, d’August Strindberg. Sur ce, je retourne à l’École des Beaux Arts et propose aux étudiants de travailler sur les décors et les costumes, puis le directeur de l’école m’autorise à produire la pièce, à condition que l’entrée soit gratuite. Le 14 mai 1957, j’ai fondé le Centre Canadien d’Essai. En sept ans, on a monté cent spectacles qui comprenaient généralement des pièces en un acte, de la poésie, de la danse et de la musique.

Par ailleurs, j’ai aussi créé le Salon de la Jeune Peinture ce qui m’a permis d’apprendre la lecture des tableaux au contact des membres du jury, que je choisissais. J’étais donc organisateur et animateur culturel. Là, je dois revenir à l’âge de douze ans, quand j’ai ramené pour la première fois mes dessins de lycée à mon père. Dépité, il me dit en yiddish : «Tu as deux mains gauches». J’étais incapable de dessiner. J’étais assez d’accord avec lui et je me destinais plutôt à la musique. Toujours est-il que, pendant longtemps, ce complexe m’a poursuivi.

Lorsque j’ai perdu le Centre Canadien d’Essai et le Musée Canadien du Film sur l’Art, je me suis mis à l’édition d’art, et le hasard a voulu, au cours d’un changement d’entrepôt nécessaire à mon activité, que je me retrouve dans un ancien atelier d’art graphique. J’étais un peu déprimé et le meilleur moyen thérapeutique que j’ai trouvé fut de me mettre à la peinture. Je m’étais rendu compte à l’époque, en découvrant le Mouvement Automatiste au Québec, qu’on n’était pas obligé pour s’exprimer de passer par la représentation. C’était un pendant du mouvement Action-Painting de New-York. Là, je me suis mis à réaliser de nombreux tableaux. Il se trouve aussi que ma mère, qui venait tous les six mois aux USA avec mon père pour faire des expositions, a vu mon travail et m’a demandé si je comptais exposer. N’étant pas encore prêt, je lui ai répondu que ce n’était pas encore d’actualité. Quelques jours plus tard, elle me téléphone en me demandant de préparer une vingtaine de tableaux pour une exposition avec mon père à Baltimore. L’exposition a eu lieu, et j’ai même vendu quelques tableaux, ce qui m’a fortement encouragé. Pourtant, ce n’est pas encore là que j’ai admis être un artiste mais plutôt au cours d’une exposition contre la guerre au Vietnam, où une dizaine d’artistes de Montréal avaient été invités à Toronto. J’avais conçu une sculpture sensée représenter le Vietnam sous la forme d’une cible. C’était en 1967, et à ma grande surprise, la pièce était bien présentée et mise en avant. Il y avait de nombreux média et vint le moment où l’on appela les artistes à se rejoindre pour une photo. J’entends alors : « Natan, qu’est-ce que tu attends ? » Mes collègues m’appelaient. C’est là qu’eut lieu le passage à travers le miroir. On m’acceptait comme artiste, je m’acceptais comme tel.

À partir de là, j’ai eu l’occasion, en 1970, d’avoir mes premières expositions simultanées à Paris et New-York, une à la galerie Entremonde rue Mazarine, et l’autre dans la 57ème rue à la Center Art Gallery. De 1970 à 1983, j’ai vécu de ma peinture, de lithographies et de photomontages.
En 1983, j’ai pris congé de ma peinture en ayant conscience que je m’empoisonnais avec le diluant que j’employais. J’en profitais pour mener deux projets avec la municipalité de Tel-Aviv Jaffo où je résidais alors. L’un était un théâtre de rue où j’ai produit ma pièce Le Sablier ou les aventures de Noé, et l’autre, une installation de communication, Contact, sur la place des Rois (actuelle place Rabin). C’était la foire du livre et j’étais assuré que cent mille personnes allaient y passer. J’ai exposé cent cinq portraits sur le thème du sourire, du rire, du clin d’œil, de la grimace et de la communication gestuelle. Parmi les nombreux jeux de communication, il y avait vingt-quatre téléphones installés en demi-cercle reliés à une opératrice qui décidait des communications entre les participants. Le but étant de retrouver la personne qu’on avait au bout du fil.

En janvier 1984, je suis au Centre Pompidou où l’on me présente Fred Forest. Il est invité à voir les photos de Contact et quand je lui parle des vingt-quatre téléphones en circuit fermé, il m’emmène au Musée d’Art Moderne où il avait disposé quarante téléphones dans le cadre de l’exposition Electra. Il me propose alors de faire partie du groupe de l’Esthétique de la Communication récemment créé et j’accepte d’emblée.

Une fois revenu en Israël, je monte un projet de symposium, Art Com Israël 84, avec le musée d’Israël de Jérusalem, le musée de Haïfa et le centre culturel Tzavta à Tel-Aviv. Fred Forest est venu, ainsi qu’Antonio Muntadas et j’en ai profité pour greffer à la manifestation un screening of video art de nombreux pays. C’est là qu’a commencé ma démarche dans ces domaines.

Contact, installation de communication place des rois, Tel-Aviv, 1983 © Natan Karczmar

Contact, installation de communication place des rois, Tel-Aviv, 1983 © Natan Karczmar

Ainsi, pour montrer ce qu’était l’Esthétique de la Communication, j’ai invité, le 26 octobre 1984 à quinze heures, par le biais de la presse, quiconque étant possesseur d’une caméra vidéo, à se joindre à l’événement et à se trouver sur le lieu de son choix, et sur un top départ donné par la radio, à commencer à filmer une séquence non-stop de dix minutes en se servant de l’émission de radio comme fond sonore. La radio s’étant prêtée au jeu, nous avions simultanément plusieurs médias, la vidéo et la radio, ainsi que la simultanéité et le collectif qui étaient associés à l’événement. Quand j’ai présenté le résultat sur une installation vidéo de six moniteurs, Fred Forest en a parlé à Mario Costa, qui m’a invité à son tour à ArtMedia, à Salerne, en Italie. Voilà comment sont nés les Vidéocollectifs. Depuis, je n’ai plus jamais retouché à mes pinceaux et c’est là qu’a commencé ma démarche d’artiste de la communication.

Contact, installation de communication place des rois, Tel-Aviv, 1983 © Natan Karczmar

Contact, installation de communication place des rois, Tel-Aviv, 1983 © Natan Karczmar

J’ai aussi organisé des séminaires à l’Université Européenne de la Recherche sur l’art, la communication et les technologies et quelqu’un m’a recommandé à Gabriel Soucheyre. Je me suis donc rendu à Clermont-Ferrand au siège de VIDEOFORMES. On m’a prêté un bureau, une équipe m’a aidé, et l’on a changé la formule, les vidéos n’étant plus simultanées mais limitées à trois minutes, filmées et éditées en numérique bien entendu. Les Vidéocollectifs sont repartis et depuis 2002, nous sommes aussi partenaires avec le Service Université Culture des universités clermontoises et la Mission des Relations Internationales de la ville de Clermont-Ferrand. Nous avons créé avec VIDEOFORMES, en quelque sorte, une banque mondiale des Vidéocollectifs et nous en avons plusieurs centaines à ce jour. Grâce à cela, je suis resté actif.

© Propos recueillis par Gabriel Soucheyre, Pilsen, juillet 2015 – Turbulences Vidéo #89

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2 réponses à “Entretien avec Natan Karczmar

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