Entretien avec Golnaz Behrouznia


Je suis née à Chiraz, dans le sud-ouest de l’Iran, en région Fars (Perse), à trois cents kilomètres du Golfe persique et à soixante kilomètres de Persépolis, l’ancienne capitale iranienne avant la période islamique, datée du 7ème siècle après la colonisation du pays sassanide par le calife Omar.

Les Sassanides étaient des descendants des Séleucides irano-grecs, eux-mêmes précédés par les Achéménides dont le pouvoir était concentré à Persépolis. Chiraz est une assez grande ville, elle avoisine les deux millions d’habitants et l’agglomération les quatre millions. C’est un centre
important.
Dans ma famille je me situe au milieu : j’ai un grand frère et un petit frère et je suis la seule à avoir choisi une voix artistique.
Mes proches familiaux, de ma génération, qu’il s’agisse de mes frères ou de mes cousins, se sont plutôt tournés vers l’ingénierie.
Ma mère, ses sœurs et leurs parents, sont tous enseignants. Mon grand-père maternel a été maire d’une petite ville, puis inspecteur de l’éducation nationale, sa femme a été directrice de lycée, ma mère professeur d’anglais.
Du côté de mon père, c’est une famille de commerçants, bien que mon père ait été aussi employé de la compagnie des eaux. Il se déplaçait
beaucoup à travers le pays pour cela.
Nous avons vécu en appartement jusqu’à mes douze ou quatorze ans, puis mes parents ont fait construire une maison. Cet appartement était situé en centre ville. J’étais une enfant très rêveuse, la plupart du temps perdue dans mon univers. Je savais jouer seule, toujours un peu d’ailleurs. Jusqu’à mes cinq, six ans, j’ai été une enfant plutôt calme, dotée d’idées et d’un phrasé étonnants, de ce qu’on m’a appris. D’après mon grand frère, qui s’est beaucoup occupé de moi, je suis devenue d’un coup beaucoup plus extravertie, au cours d’un voyage que l’on a fait avec des amis et leurs enfants.
Je jouais beaucoup avec des garçons, tout simplement parce que j’en étais très entourée… Nous étions trois filles pour quatorze cousins, c’est
dire. Mes cousines étaient très proches des femmes au cours de nos pérégrinations familiales, tandis que moi, je trouvais leurs conversations ennuyeuses et je préférais la compagnie de mes frères et mes cousins. Ils créaient des jeux, découvraient des nouveautés. J’étais un peu garçon manqué, coupe de cheveux courte, genoux égratignés, et mon grand frère acceptait ma compagnie, même alors qu’ils jouaient au football, bien qu’ils me réservaient tout de même les postes de défense ou de gardien de but. Je m’entendais bien avec mon frère aîné, il était attentionné envers moi et m’influençait beaucoup. Mon père étant moins présent à cette époque et mon grand frère a pu jouer ce rôle à un moment. Plus tard au lycée, il était considéré comme un excellent élève au sein d’un établissement élitiste. Quand il faisait une chose, il s’y mettait à fond.

Dès l’âge de sept ou huit ans, j’ai commencé à dessiner et à peindre. Ma mère m’a inscrite à des cours que donnait un des meilleurs peintres académiques de l’époque de ma ville. Une voix que j’ai poursuivie au lycée, et mon frère n’ayant pas de références dans ce monde, je me suis retrouvée marginalisée. En ce qui concerne mon petit frère, malgré nos trois ans d’écarts, je le regrette mais nous n’avons jamais pu être proches dans notre jeunesse. Il est resté le petit frère et comme j’étais plutôt extravertie, j’avais beaucoup d’amis et d’activités et lui, étant très introverti, nos comportements et réactions se trouvaient en décalage. Je le regrette mais nous n’avons jamais pu être proches dans notre jeunesse.
Mon grand frère est aujourd’hui ingénieur mécanique et directeur dans une usine de produits laitiers. Il a deux enfants de treize et neuf ans. Il est toujours croyant mais a beaucoup changé. C’était un moment en Iran, ça date d’il y a vingt ans, et c’était dix ou quinze ans après la révolution, juste après la guerre contre l’Irak. L’islam a pu donner de la force aux gens pendant les moments pénibles. Avec le temps, le pays a changé. Pour autant, la voix que mon frère avait choisie n’était pas la moins intéressante. Il s’intéressait à de grands poètes et philosophes soufistes Iraniens. Le schisme Iranien était très particulier.
Mon petit frère a eu plus de difficultés à trouver sa voie. Il est célibataire et depuis quatre ou cinq ans, il tient une papeterie. Il vit avec mes parents dans une maison qu’ils ont fait bâtir aux pieds des montagnes du Zagros.

A l’école, c’était quitte ou double. J’étais plutôt bonne élève mais certaines matières avaient plus d’intérêt à mes yeux. Par exemple, je favorisais la chimie ou la biologie au détriment des mathématiques.
Le dessin et la peinture étaient mon jardin secret. Grâce aux techniques que j’acquérais, je dessinais des animaux de façon très réaliste, les détails de la fourrure d’un loup, la crête d’un coq, etc…
En arrivant au collège, j’ai appris l’existence d’établissements spécialisés dans les pratiques artistiques. J’avais toujours cru jusqu’alors que ce ne serait qu’une fantaisie pour moi. Là je comprenais que je pouvais en faire autre chose, ce qui m’a tout de suite enthousiasmée. Les cours que je suivais étaient purement techniques, on ne m’apprenait pas à penser en tant qu’artiste. Je ne savais pas qu’on pouvait penser le monde par le biais de l’art.
Dès lors, j’ai voulu tout faire pour suivre ce genre d’enseignement. Évidemment, ma mère et mon frère ne furent pas d’accord au départ, et ils me conseillèrent de poursuivre ma voie dans la biologie qui m’intéressait et de conserver l’art comme activité annexe. A force d’insister, ils ont accepté mon choix de passer le concours d’entrée au lycée de graphisme pour lequel je suis arrivée à la première place régionale. Ils ont vu à ce moment que j’étais très sérieuse, et une fois en place, j’étais toujours la première.
Là-bas, je prends connaissance de l’histoire de l’art, aussi tout simplement sur l’histoire, et le lien de toute émergence culturelle avec les données de leurs environnements.
Je comprends qu’on peut réfléchir avec l’art. J’étais vraiment dans mon élément, je m’étais enfin trouvée. J’avais un groupe d’amis, nous faisions partie des meilleurs élèves et il y avait une très bonne émulation. Cela m’a mené à vouloir poursuivre mes efforts dans l’enseignement supérieur, encore une fois malgré les réticences de ma famille.
Après mon bac en graphisme, j’ai passé le concours général des études supérieurs en Iran qui se scindait en quatre partie : artistique, ingénierie, biologie et sciences humaines. Un concours qui en fonction de mes notes, me permettait de choisir l’enseignement dans lequel j’allais poursuivre mon cursus. C’était très difficile, car l’Iran est un pays très jeune (plus 60% de moins de 30 ans) et tout le monde aspire à faire des études supérieures. Le nombre de concourants était donc très élevé, le nombre de places très réduit. J’ai été classée trente-deuxième, ce qui est quelque chose d’assez exceptionnel. J’ai donc commencé par suivre un cursus de design industriel dans une très bonne université de Téhéran, l’université des sciences et industrie. Je commence un bon semestre mais je finis par m’apercevoir que les arts appliqués ne me conviennent pas. Je passe donc un deuxième concours pratique pour l’option Sculpture des beaux arts de Téhéran, que je remporte en étant bien placée et je poursuis mon cursus dans cette voix.
Auparavant, quand j’avais appris à ma mère que j’avais été classée trente-deuxième du concours général, je m’attendais à ce que ça réaction soit très enthousiaste. Or, elle s’est contentée de me dire que je pouvais donc rester à Chiraz dans l’école que je voulais. Ce qui n’avait rien à voir avec mes vraies aspirations. J’ai donc fait jouer un contact que j’avais dans l’enseignement supérieur afin qu’il convainque ma mère de me laisser aller à Téhéran, là où tout se passait. Néanmoins c’est ma mère qui m’a donné depuis toute petite ce goût pour l’observation de la nature et c’est elle aussi qui m’a encouragée pour mes productions artistiques, c’est peut-être juste qu’elle ne voyait pas une activité professionnelle dans une voie artistique, mais je lui dois beaucoup pour la finesse de son regard et son aide. Comme je l’ai dit, c’est grâce à elle que j’ai eu
cette familiarité avec la peinture académique dès l’enfance.

Je fais tout pour partir. J’avais 19 ans, et à mon âge, il faut bien comprendre que par exemple, mes autres cousines étaient déjà fiancées ou mariées et de là à 22, 23 ans avaient des enfants. Je parviens finalement à partir à Téhéran et là-bas, ma vie a pris un tout autre tournant.
Il y avait un professeur à l’université qui a aussi beaucoup apporté à ma vision de la vie. Yoav Daresh était chrétien, et son frère, Berhooz Daresh, est un artiste de réputation mondiale. Yoav m’a beaucoup appris sur la scénographie de l’espace artistique, et comment penser les volumes en fonction du lieu, des visiteurs, etc. Il faut voir que dans le contexte iranien, cette vision était très moderne. Il nous faisait penser l’espace en relation avec ses conditions.
Comme je suis assez curieuse et aventureuse, j’ai souvent rencontré des personnes qui avaient beaucoup à m’apporter. Des gens d’horizons, visions et générations très variés ; soufis comme intellectuels ou alors engagés… La complexité de mes situations familiale et globale d’enfance m’avait appris à avoir un regard plutôt complexe dans mon appréhension de l’autre et à chercher à ne pas m’arrêter sur la forme et la représentation superficielle des humains. Au contraire, je cherchais à pénétrer dans une profondeur intense de rencontre qui pourrait me nourrir et m’enthousiasmer par sa richesse à continuer, à rebondir et à aller de l’avant. Une force qui donne sens au moment qui découle dans le partage, vu que nous sommes des êtres liés à notre fonction collective et à nos interconnexions. Ce qui fait que j’ai souvent eu des relations de formes peu habituelles par rapport à des normes de la société. Ce qui faisait qu’il y a eu beaucoup de décalages formels entre moi et les personnes que je côtoyais. Aussi de différence entre mes diverses relations et leurs divers milieux que je favorisais à côtoyer.
J’ai aussi appris à nouer des liens de partages forts avec des filles courageuses et intelligentes car en avance de leur espace-temps. Ces filles, ces amies m’inspiraient et participaient à la culture d’univers dans lesquels je sentais un confort et une juste place pour une vie quotidienne supportable. Je pense en particulier à Maryam Hatami qui m’a beaucoup accompagnée par son décalage et son ouverture de pensée, ainsi qu’une autre amie, Mahboubéh.

Après ma première expérience en design industriel, je me suis donc réorientée en première année à l’école des beaux arts, option sculpture. En fin de compte, mes études auront duré cinq ans (puisque en Iran la licence est bac+4). Dès cette époque, j’ai commencé à exposer de façon professionnelle et mon projet de fin d’études a fait une sorte de « buzz » à Téhéran. Alors que le monde local de la sculpture tournait plutôt autour de matériaux comme les bronzes ou autres métaux, est arrivée une femme qui travaillait la gélatine ! J’ai obtenu pour ma soutenance de
projet de fin d’études, la note la plus élevée depuis plusieurs années aux beaux-arts de Téhéran… 20/20. Grâce à ce projet de fin d’étude, j’ai été rapidement accueillie par la galerie Aria à Téhéran, et j’ai pu participer à de nombreuses expositions, personnelles ou collectives. Avec les pièces issues de mon exposition personnelle dirigée par la galerie Aria, j’ai obtenu le troisième prix de «Farhangestane Honar» lors de la biennale de sculpture organisée par le musée d’art contemporain de Téhéran. C’est là que la société des artistes sculpteurs et installateurs de Téhéran, qui compte quelque chose comme quatre ou cinq cents artistes, me demande de faire partie du comité de sélection pour les expositions et la revue qu’elle publie. Entre fin 2005 et 2008, je suis donc entrée très rapidement dans le milieu artistique professionnel.
J’aurais très bien pu rester à Téhéran, d’autant que les commandes publiques sont nombreuses. J’aurais pu faire ma vie ainsi. Mais même si j’ai longtemps eu beaucoup d’estime pour l’enseignement artistique sur place, je trouvais qu’on n’allait pas assez loin, je trouvais parfois que certains étudiants en faisaient plus paraître qu’ils n’en faisaient réellement, toujours à traîner en arborant des styles déjantés… je trouvais cela vide de sens quelque part. Bref j’avais besoin d’aller au-delà.
D’autre part, à la suite de la révolution islamique de 1978, les ateliers de formation sculpture avaient été fermés, le volume et les reliefs figurés étant considérés comme de l’idolâtrie par la religion musulmane. Quand je suis arrivée à Téhéran, ils avaient ré-ouvert cette formation depuis à peine sept ou huit ans, et le développement de la sculpture à Téhéran avait pris beaucoup de retard. Puis j’ai tenté un concours d’entrée en master, que j’ai raté très certainement car au fond de moi je voulais tout autre chose, et ne souhaitant pas tenter la même aventure dans une autre ville du pays, je me suis mis en tête d’aller passer ce diplôme à l’étranger, et ainsi de faire d’une pierre deux coups en comblant mes désirs de me dépasser.
Étant d’un naturel plutôt libre et quelque peu détonnant face aux aspects culturels quotidiens de l’Iran, je souffrais beaucoup de cette marginalité. Il y a des traditions très chaleureuses, qui font du bien quelque part, mais c’est tantôt comme un poids, un sentiment d’étouffement vu que celles-ci prédéfinissent tes valeurs personnelles et le chemin à suivre et il ne faut pas les mettre en question. Toujours donner l’image que les autres attendent de toi, c’est un frein direct au développement personnel, et pour moi étant dans les activités artistiques, à ma créativité. J’ai donc décidé de partir.
Tout ce que je savais, c’est que je ne voulais pas aller aux USA. En Iran, la plupart des matériaux culturels occidentaux que l’on consomme viennent des USA. J’avais envie de cette «vieille Europe». J’avais besoin d’une culture enracinée et qui me paraissait moins consumériste que les USA. J’ai donc en premier lieu pensé à l’Allemagne, mais comme j’ai de la famille en Autriche, je m’en faisais une image plutôt rigide. Les pays du sud comme l’Italie, l’Espagne ou la Grèce, m’apparaissaient comme trop proches de ce que je connaissais déjà, avec un côté chaotique et chaleureux, certes. La France m’est apparue comme un bon compromis. D’autres aspects culturels me parlaient évidement. De plus, à Téhéran, j’avais travaillé avec une artiste Roshanak Roshan, spécialiste du théâtre de marionnettes, qui était partie en France et s’était lancée dans le cinéma, et voilà qu’elle me recontacte en 2007 et tente de me faire venir pour travailler avec elle. Ce que j’ai fini par faire pour deux courts métrages pour lesquels j’ai conçu les aspects visuels.
Ça a été très difficile de partir d’Iran. Je me décide donc en 2007 et m’acharne à apprendre le français pendant neuf mois. Je n’avais aucune notion de cette langue et ça a été un vrai challenge. J’essaie de m’inscrire à des concours d’entrée en écoles, je n’y comprenais rien, c’était très dur mais je suis parvenue finalement à obtenir des admissions, ce qui outre le fait de faciliter un peu le parcours très compliqué pour obtenir un visa, m’a avant tout motivée pour partir vraiment. Pour ce visa par exemple, j’ai eu besoin d’une lettre d’appui de mon oncle vivant en Autriche. Une fois obtenue, je l’ai présentée à l’ambassade de France qui m’a demandé de faire tamponner la lettre par l’ambassade d’Autriche, à l’autre bout de Téhéran. Une fois sur place, on me refuse le tampon. Il y a une très longue voie à Téhéran, de 18 kilomètres, l’avenue le plus longue du Moyen-Orient, qui relie les quartiers riches du nord aux quartiers pauvres du sud de la ville. C’est l’avenue Vali-ye Asr, le long de laquelle j’ai dû parcourir plusieurs kilomètres en pleurant froidement. Je me sentais déjà très marginale dans mon propre pays, et voilà qu’on me refusait, ou bien qu’on m’empêchait de vivre ailleurs une vie qui pourrait me correspondre mieux. Et d’ailleurs à plein d’autres humains dans la même cas de figure. Même si je défends souvent les positions internationales de l’Iran, j’ai du mal à oublier que si l’on n’est pas en accord avec les habitudes traditionalistes, on perd de nombreux droits.
En France, j’avais candidaté dans plusieurs villes : Strasbourg, Lyon, Montpellier et Toulouse. Entre les réponses positives, j’ai choisi Toulouse car j’y avais cette amie cinéaste, et puis parce qu’elle m’en parlait en comparant la ville rose à Chiraz. Étant donné que j’avais déjà passé plus de six ans dans une capitale internationale de près de douze millions d’habitants, j’avais besoin de commencer par quelque chose de calme et rassurant pour cette nouvelle vie. J’ai donc choisi la qualité de vie. Là-bas, je découvre l’option «arts numériques» pour laquelle je passe un examen. J’ai la chance d’y rencontrer, outre les professeurs comme Xavier Malbreil, François Donato et dans la recherche Xavier Lambert. De nombreux intervenants extérieurs m’apprennent beaucoup et me font progresser très vite. C’est à partir de ce moment que j’ai commencé à dessiner les créatures qui habitent mes œuvres aujourd’hui. De là, j’ai commencé à travailler quelques animations, relier celles-ci à mon travail précédent sur les volumes.
À la suite du master pro — en 2010 —, j’ai entamé un doctorat basé sur les thématiques de mon travail artistique. Ceci m’a beaucoup apporté et fait mûrir mes sujets de recherches avec des échanges et des colloques. J’ai dû faire le choix de l’abandonner à l’inscription de la 4ème année en 2013 car je comptais honorer mon agenda d’expositions sur cette année et avec les lois de l’école doctorale, je ne devais consacrer cette quatrième et dernière année qu’à la grande rédaction de thèse. Patrick Barès m’a beaucoup apporté.
Entre 2008 et 2010, je n’ai pas pu exposer car j’avais besoin de m’adapter à la nouvelle situation, de découvrir l’Europe, et le choc était tel qui m’a fallu accuser le coup et bien intégrer ma nouvelle vie. En 2011, je reprends les expositions, et mets, petit à petit, un terme à mes boulots alimentaires. Depuis 2012, les choses avancent et ma carrière artistique reprend plutôt sur des voies qui me plaisent.
Dans ma vision, les sociétés humaines sont comme des fourmilières, chacun apporte sa contribution de petit membre et reçoit celles des autres pour fabriquer ce corps supérieur de la fourmilière. Finalement c’est une contribution à la culture et à la conscience globale des humains que nous nous devons, ce n’est pas une petite affaire de fourmi. L’intérêt et la trace restante visent à compléter cette unité plurielle qu’on met finalement en place de manière collective.

Pour moi, notre implication dans la chaine sociale est de fabriquer un anneau d’interconnexion complémentaire, la simple définition que je vois pour le travail. Pour ma part, et ce depuis mes quatorze ou quinze ans, ma contribution à la société, relative à ma juste dimension, passait par l’art : l’expression mise en forme et en matière.
Un outil d’interconnexion fort qui protège tout en permettant un décalage par rapport à un cadre de vie classique. La création artistique permettrait que l’on reste toujours dans la recherche, dans un exercice permanent qui lie les questions qui touchent à la vie et au travail que l’artiste propose. Une telle pratique dans la vie, au vu de nos systèmes de société jusqu’à présent, où cette économie bancaire favorise la recherche du profit et de la croissance, devient fragile, ni protégée ni assurée professionnellement. Malgré cette fragilité, des milliers de gens sur la planète se sentent fortement en lien avec la création artistique d’une manière ou d’une autre, car ce monde leur paraît comme une sorte de nécessité pour établir leurs rapports aux autres. Pour moi, c’est la chose que je fais avec le plus d’enthousiasme, et qui me donne raison de continuer, celle qui me fascine le plus. J’espère pouvoir me développer en ce sens.

© propos recueillis par Gabriel Soucheyre, à Athènes, le 20 mai 2017 – Turbulences Vidéo #96


TURBULENCES VIDEO #96
revue trimestrielle/Quaterly magazine – Juillet/July 2017

CONSULTATION & TÉLÉCHARGEMENT // READING & DOWNLOAD

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s